Le Misanthrope

de Molière (scènes)
Philippe Sireuil
Présentation d’atelier
Promotion 2016
19 et 20 février 2015 / 19h


Photos: Alan Humerose

 

LE MISANTHROPE
Il n’y aurait donc pas de solution, semble nous dire Molière, dans Le Misanthrope, sans doute sa pièce la plus autobiographique et la plus ambitieuse. La plus énigmatique aussi, tant elle peut receler d’interprétations multiples. Non, il n’y aurait pas de solution, pour ce qui est de se mouvoir dans le dédale des moeurs humaines.
Ni Alceste et sa franchise excessive, ni Philinte et son altruisme impuissant, ni Célimène et son désir de liberté, ni Elianthe et son accommodement indolent, ne semblent à même de tenir en main l’accomplissement de leurs destins singuliers.
Face à la comédie sociale et à ses figures imposées, on ne peut soit n’être que souffrance, cynisme ou lâcheté, soit se forcer aux solitudes acariâtres et se résoudre au repli sous la tente, éloignés de toutes les tentations, de toutes les beautés et surprises de la vie.
Pas ou si peu d’échappatoire, donc.
Il y a l’amour, bien sûr, qui pourrait remplir, guérir, soulager le fardeau des doutes et des peurs. Mais qu’implique donc le verbe aimer ? « Certainement pas la soumission à l’intégrisme de l’autre », dit l’une, « certainement pas l’accommodement à la légèreté de l’autre », dit l’autre ; et, entre Alceste et son inquiétante
utopie de pureté, et Célimène et son irréfragable besoin de plaisir, le précipice se creuse, ravine, et sépare à jamais.
Le Misanthrope est une pièce à double visage, comédie qui fait pleurer, tragédie qui fait rire comme on l’a souvent écrit. Le portrait des moeurs sociales et des habitus intimes qu’elle brosse de la société à qui elle s’adressait, n’a pas pris une ride, si l’on veut bien gratter le vernis et la patine des traditions nonchalantes.
« La scène est à Paris », peut-on lire à l’acte un. Nous la jouons, nous, dans un espace bleu monochrome, bleu comme l’âme quand elle s’abandonne à la mélancolie, bleu comme les mots qu’on destine à l’être aimé, bleu comme les ecchymoses que la vie trace sur nos peaux ; nous la jouons aujourd’hui, avec des costumes et des corps d’aujourd’hui, au plus près des spectateurs, pour tenter de relier le plus intimement possible ce qui fut à ce qui est.
Le damier moliéresque conduit Alceste et Célimène à l’échec, et les autres protagonistes ne sont pas mieux lotis ; il dessine pourtant avec empathie les hommes et les femmes, et là est sans doute la cruauté de la pièce : la peinture ne caricature pas, elle nous reflète.
Il n’y aurait pas de solution, donc.
Sauf d’en rire, bien entendu.

Philippe SIREUIL